Jules NÖEL   (1810 - 1881)

Fécamp, le port, vers 1875

Huile sur toile, 384 x 545 mm

S.b.d - Inv.  995.23.1

Achat avec la participation du F.R.A.M de Haute-Normandie

et du Crédit - Fécampois, 1995

Collection du Musée de Fécamp, Normandie, France

© cliché Imagery

 

 

Peintre de marines et de paysages, Jules Noël oscille tout au long de sa carrière entre tradition et modernité. Marqué par le romantisme, il est cependant constamment préoccupé par le travail de la lumière, sans toutefois passer le cap qui le rapprocherait des impressionnistes.

 

Cette oeuvre s'inscrit tout à fait dans cette contradiction. Bien que non datée, le rapprochement avec d'autres œuvres permet d'avancer la date de 1875, à savoir la pleine maturité de l'artiste et le paroxysme de cette recherche de la lumière.

 

Le tableau représente le port de Fécamp d'Ouest en Est. Au premier plan, plusieurs navires harenguiers sont accostés le long du quai Vicomté, et un grand trois-mâts est mouillé au centre de l'avant-port. En arrière plan la ville est esquissée avec, à droite, la tour-lanterne de l'abbatiale et, à gauche, le clocher de l'église Saint-Etienne.

 

L'artiste a travaillé en trois registres superposés:

En partie basse, le quart inférieur de l'œuvre est traité par petites touches superposées qui rendent avec bonheur la brillance de l'eau.

En partie haute, une grande zone d'un bleu profond et lumineux occupe la moitié supérieure du tableau.

Le registre central est représentatif de la dextérité de l'artiste souvent soulignée par ses contemporains. A la manière de Corot, il use d'un camaïeu d'ocres ombrés d'un voile bleuté. Seules les quelques plages blanches des voiles, et les quelques touches de vermillon éclatant font chanter l'ensemble. La luminosité de ce registre central est renforcée par l'utilisation d'une pointe de jaune dans le bleu de l'eau, parvenant à une touche presque verte sous la coque du grand trois-mâts qui éclaire avec brio cette zone d'ombre.

 

"La modernité de Jules Nöel, écrit Denise Delouche, réside surtout dans le fait qu'au-delà de presque tous ses sujets, sa préoccupation picturale constante est de capter l'impalpable et le mouvant, l'eau et ses irisations, le ciel et ses états divers, la lumière qui éveille les couleurs, anime les formes et creuse les contrastes".

La qualité de cette toile en est une illustration parfaite. Elle constitue sans aucun doute l'une des œuvres les plus achevées et les plus réussies du point de vue de la couleur et de la luminosité parmi les œuvres actuellement répertoriées de l'artiste.

 

Cet achat vient admirablement complèter la belle série de vues portuaires conservée par les musées municipaux de Fécamp, et plus particulièrement le tableau Crinolines sur la plage du même artiste  acquis en 1993 (Revue du Louvre n° 3/1994).

 

M-H D / 95